Relance de l’Europe : trois verrous à faire sauter

Voici un article rédigé par Edouard Berlet :

Edouard Berlet est un ancien haut fonctionnaire. Dans le domaine communautaire, il a notamment été conseiller à la Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne en charge des transports, pendant plusieurs années. Après avoir rejoint le secteur privé, il a été impliqué dans les affaires communautaires en tant que dirigeant d’organisme professionnel, responsable des relations institutionnelles d’un grand groupe maritime et dans le cadre de ses activités de conseil.

Avec audace et contre les vents de l’opinion, Emmanuel Macron a placé la relance de l’Europe parmi les priorités de son programme présidentiel.

Il souhaite la réactivation de l’Europe des projets susceptible de convaincre les citoyens européens de la capacité de celle-ci à améliorer leur vie quotidienne. Son premier geste en ce sens a été son déplacement récent dans certains pays d’Europe de l’est afin de convaincre leurs dirigeants d’accepter une révision de la directive sur les travailleurs détachés dont les dérives contribuent au maintien d’un taux de chômage élevé dans certaines catégories d’emploi. Usant d’un ton et de propos peu diplomatiques, il a tenté de faire sauter le verrou de la Pologne, la plus hostile à une révision du texte, en l’isolant au sein du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque..) composé des pays les plus bénéficiaires de cette directive. Exercice facilité par la position délicate de ce pays menacé par la commission européenne avec l’appui d’ une majorité d’Etats membres, d’une suspension de ses droits de vote au sein des instances communautaires en raison de décisions prises en matière de justice et de droits de l’Homme contraires aux valeurs européennes. L’efficacité de ces démarches pourra être appréciée à l’issue du prochain Conseil européen qui tentera de dégager un accord sur ce sujet.

L’autre volet de la relance communautaire concerne le développement des moyens d’action de la zone euro. Les grandes lignes du projet présidentiel figurent dans le programme du candidat : création d’un budget et d’un poste de ministre des finances de la zone euro, possibilité de lever de la dette communautaire, harmonisation fiscale. Cette approche pragmatique touche au fonctionnement des institutions sans nécessiter la révision des traités communautaires dont la procédure est lourde et le résultat aléatoire. Rappelons-nous la non-ratification par les Etats membres du projet de constitution européenne en 2005. Le gouvernement britannique a réussi l’exploit de s’opposer avec succès à toute tentative de réforme de la zone euro, de façon à protéger les intérêts de la city, sans être membre de ladite zone. La perspective du Brexit devrait permettre de fracturer ce mur. Une zone euro renforcée deviendrait alors le noyau dur d’une Europe à plusieurs vitesses qui existe déjà dans les faits (Schengen, Europe sociale etc..) mais qui peine à se développer en n’étant pas clairement assumée au plan politique.

Emmanuel Macron s’est abstenu jusqu’à présent d’officialiser ses idées dans l’attente du résultat des élections allemandes et de la désignation d’un nouveau chancelier dans les prochaines semaines. Selon le scenario annoncé d’une reconduction d’Angela Merkel, il faudra faire sauter le verrou représenté par Wolfgang Schauble, l’indéracinable ministre de finances en poste dans ces fonctions depuis 2009. Celui-ci s’est en effet toujours opposé à une contribution financière plus forte de l’Allemagne au fonctionnement de la zone euro qui à ses yeux sera la conséquence inéluctable d’une reforme de celle-ci. Même si un jeu de rôle existe sur ce sujet entre la chancelière et le ministre, celui-ci tenant le rôle du méchant pendant que celle-là reste ouverte à des compromis, Wolfang Schauble a la capacité d’empêcher toute avancée significative car il incarne aux yeux des allemands et des marchés une politique d’orthodoxie et d’équilibre budgétaire qui a permis le succès de l’économie allemande. Certes, son maintien en poste n’est pas assuré, mais l’extraordinaire stabilité des dirigeants allemands laisse à cette hypothèse toute sa vraisemblance.

Si les chemins communautaires sont parsemés d’obstacles à franchir, la fracturation de ces trois verrous permettrait à l’Europe de se remettre en branle sur deux jambes : celle des projets pour vaincre l’euroscepticisme des citoyens et celle de la zone euro, comme nouveau moteur de l’intégration européenne.

Edouard BERLET

1 Comment

  1. Merci, Edouard, de ce bel article, clair et pertinent. Il semble que les choses se remuent en faveur d’une réactivation de l’Europe ; mais à condition que sautent ces trois verrous dont tu parles et que s’y ajoute une bonne dose de diplomatie…

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