Deux visions différentes de la relance de l’Europe

Hier, j’ai déjeuné à côté d’un médecin allemand. Spécialisé dans les soins palliatifs, il a été envoyé à la frontière (invisible depuis plusieurs années) entre les deux Irlande. Il travaille dans plusieurs hôpitaux et, pour aller de l’un à l’autre, traverse librement plusieurs fois par jour cette frontière aujourd’hui invisible.

Idem pour les agriculteurs dont les champs s’étendent de part et d’autre de la frontière. Et pour les familles aussi qui habitent des deux côtés.

Il se demande comment cela va se passer avec le Brexit : la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande peut-elle par exemple être rétablie avec des garde- frontières armés, comme c’était le cas il y a encore une quinzaine d’années ? Depuis l’accord de 1998, la frontière entre les deux Irlande s’était progressivement effacée.

 

Pour faire suite à l’article précédent d’Édouard Berlet, et en ce jour d’élections allemandes importantes certes pour l’Allemagne, décisives surtout pour l’avenir de l’Europe, je vous propose de vous dire brièvement en quoi consistent – à ce stade – les propositions d’Emmanuel Macron et de Juncker pour revitaliser l’Europe. Car s’ouvre actuellement un moment européen spécial où des discussions peuvent et vont (?) s’engager afin de définir un futur pour notre continent. Nous ajouterons les propositions de L’Allemagne, une fois la future coalition issue des élections d’aujourd’hui (24 septembre 2017) définie.

 

M. MACRON dans son discours à Athènes ET M. JUNCKER dans son discours sur l’état de l’Union européenne : QUELS SONT LEURS POINTS D’ACCORD ?

1) Comme l’a souligné fort justement Jean Quatremer dans son livre « Les Salauds de l’Europe » paru cette année aux Editions Calmann-Lévy, ne laissons donc pas aux adversaires de l’Europe le monopole de la critiquer pour la détruire. Adoptons plutôt une attitude critique pour la re-construire et la co-construire sur de nouvelles bases.

2) M. Macron a proposé, M. Juncker acquiesce, de lancer dès le premier semestre 2018, une vaste consultation des peuples sous forme de conventions démocratiques dans tous les pays européens, dont l’organisation reste à définir. Le but premier est de faire remonter les avis des citoyens européens pour qu’ils soient pris en compte par les institutions européennes, actuellement souvent décrites comme déconnectées des opinions publiques nationales. Surtout de lancer les débats, aborder les sujets. On peut bien sûr imaginer d’autres retombées…

Dans la même veine démocratique, les deux sont d’accord pour constituer des listes transnationales pour les élections des députés européens. Dans la ligne de mire : les élections de 2019. Aujourd’hui s’offre l’occasion de faire un premier petit pas : constituer des listes transnationales pour élire les 50 députés dont les sièges sont laissés vacants pour cause de Brexit. Car l’expérience montre que depuis les premières élections des députés européens en 1979 – et le mouvement a été en s’amplifiant – campagnes et élections européennes sont « kidnappées » par les enjeux nationaux, et ceci dans chaque pays.

3) D’autres propositions de M. Macron recueillent l’assentiment de Junker, en particulier le contrôle des investissements étrangers (notamment chinois et américains) ; l’Europe doit mieux se protéger, elle qui est régulièrement accusée de protectionnisme alors qu’elle est la plus libérale de tous les grands ensembles dans ses échanges avec le Reste du monde.

4) Les deux sont d’accord pour réactiver l’Union SANS revoir les Traités ; chacun sait que les ratifications sont aléatoires. L’idée est de chercher dans les traités existants ce qui peut permettre d’avancer, d’utiliser les fameuses « passerelles ».

 

LEURS POINTS DE DIVERGENCE portent essentiellement sur le réforme de la zone Euro et le rythme (Europe à plusieurs vitesses ou non ?).

Pour l’eurozone, aujourd’hui à 19 pays, M. Macron propose un tryptique : un ministre des finances spécifique à la zone euro, un Parlement distinct, un budget à part.

M. Juncker, lui, rejette l’idée d’une Europe à plusieurs vitesses, il considère que mieux vaut avancer tous ensemble. De fait la zone euro à 19 est déjà une mini Europe. Inutile de la renforcer encore, car les pays d’Europe centrale non membres de la zone[1] auraient l’impression d’en être exclus, ce qui creuserait davantage le clivage entre Est-Ouest déjà bien visible.

Donc pour M. Juncker, pas de ministre des Finances ni de Parlement spécifiques à l’eurozone, et une simple ligne zone euro dans le budget communautaire.

Pas d’Europe à plusieurs vitesses.

« À terme, zone euro et UE ont vocation à se confondre ; il s’agit non pas de diviser, mais d’unir et d’étendre à tous les Etats-membres sans exception le bénéfice de la monnaie commune, de l’espace Schengen et de l’union bancaire », selon Juncker, repris par Le Monde et Le Figaro.

Un préalable est absolument nécessaire, comme le dit si bien M. Juncker : « nous défaire de l’idée qu’on ne puisse gagner que si d’autres perdent ».

 

Désormais, beaucoup va dépendre des résultats des élections allemandes qui se sont tenues le 24 avril 2017, et de la coalition qui en sortira. Les options sont ouvertes.

Une chose est sûre : Angela Merkel et son ministre des Finances actuel Wolfgang Schaüble sont prudents ; ils ne veulent pas d’une mutualisation des dettes qu’impliquerait à terme une réforme de la zone euro telle que la propose M. Macron.

À très vite pour un prochain article explicitant la position allemande sur la relance de l’Europe.

[1] Tous sauf l’Estonie, la Lettonie, la Slovaquie, la Slovénie : ces 4 pays sont dans la zone euro. Ni la Pologne ni la Hongrie, ni la Tchéquie n’en sont membres.

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