Macron enthousiasme « et en même temps » divise l’Europe

D’après les réactions dans différents pays de l’UE, un certain consensus se dégage sur l’opportunité de redynamiser en profondeur l’Europe à un moment crucial de son histoire. Emmanuel Macron est apparu comme une force de proposition riche et audacieuse. Il est bien conscient de ne pas pouvoir agir tout seul et d’avoir besoin de l’appui de ses partenaires européens. Il dit ne pas avoir de lignes rouges, mais des « horizons ».

« France is back on stage », « Le temps est revenu où la France propose », a commenté  Merkel. Pour Daniel Cohn-Bendit, invité cette semaine sur France Inter, l’Europe doit chercher à restaurer sa souveraineté, face à la mondialisation ; car sinon, « nous serons dominés ».            Juncker, président de la Commission européenne, a lui aussi salué le souffle et la flamme du discours de « son ami Emmanuel Macron » … Il reste maintenant au Président français à rallier ses partenaires européens au premier rang desquels l’Allemagne.

Comme chacun sait, les élections de dimanche dernier ont modifié le paysage politique allemand.

Merkel va devoir s’allier avec les libéraux FDP et les verts. Or la « ligne rouge » du FDP allemand concerne les propositions de Macron visant à renforcer la zone euro, et en particulier la création d’un budget européen dont le FDP craint qu’il ne serve à mutualiser les dettes publiques du passé. Précisons que Macron a explicitement indiqué qu’un budget de la zone euro « ne servirait pas à mutualiser les dettes du passé ». Et comme l’indique Sylvie Goulard, députée européenne : « il ne faut pas confondre le refus de mutualiser la dette du passé, avec les investissements communs pour préparer l’avenir par exemple dans le numérique ou la transition énergétique » (que le FDP accepterait). Il y a là une marge de négociation à condition d’accepter que l’UE continue à se construire de façon différenciée, i.e. « à plusieurs formats »[1] selon l’expression de Macron.

Les négociations permettant d’aboutir à une coalition peuvent durer jusqu’en décembre, a indiqué la chancelière allemande…

 

Enrico Letta est ancien président du Conseil italien, enseignant à Sciences Po et président de l’Institut Jacques Delors. Il vient de publier un livre : « Faire l’Europe dans un monde de brutes » (Fayard). Je ne l’ai pas encore lu, mais son thème me paraît porteur : face aux dangers – extérieurs et intérieurs – qui la menacent, l’UE doit se refonder en se basant sur ses valeurs.

Existe-t-il des valeurs européennes, spécifiques à l’Europe ? Moi qui ai beaucoup voyagé et ai vécu à l’extérieur de l’UE, je le crois. Quelles sont-elles ? Dans mes séminaires et formations, j’ai souvent abordé ce thème. Ce sera l’objet de mon prochain article.

 

En attendant, je vous renvoie à l’excellente interview d’Enrico Letta par David Pujadas sur LCI, à laquelle vous pouvez accéder sur le site de l’Institut Jacques Delors avec le lien suivant : http://www.institutdelors.eu/011-25834-Faire-l-Europe-dans-un-monde-de-brutes-Enrico-Letta-sur-LCI.html

 

[1] Rappelons que la zone euro est depuis sa création l’un des « formats » de l’UE ; il en va de même par exemple pour la zone Schengen.

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