« L’Europe dans un monde de brutes »

Depuis longtemps je veux écrire un article sur les valeurs européennes. Car dans les séminaires et ateliers que j’animais en entreprise et anime aujourd’hui auprès des jeunes, je les mentionne toujours ; chaque fois l’intérêt est grand chez les participants. Il suffit que je commence à nommer l’une ou l’autre valeur pour qu’un débat s’engage, tout le monde veut donner un avis.

Voici brièvement comment je nomme nos valeurs et convictions européennes, auprès de publics orientés plutôt « éco » ou « entreprise » :

1- respecter la dignité de la personne humaine
2- reconnaître la liberté religieuse et la laïcité
3- que chaque Etat-membre soit une démocratie parlementaire multipartiste qui respecte les droits des minorités et le principe de non discrimination ; que l’ensemble européen le soit aussi
4- assumer le caractère pluraliste de l’UE – composée de pays divers – grâce notamment au principe de subsidiarité1
5- avoir une croissance économique suffisante, pour avoir les moyens de
6- faire vivre l’impératif de solidarité et de justice sociale, et de
7- prendre en compte l’environnement et faire avancer le développement durable
8- accepter la responsabilité particulière de l’Europe vis-à-vis du reste du monde
9- admettre que le processus de décision européen soit lent car il repose sur la concertation.

Le contenu et les implications de ces valeurs sont précisés à la faveur du débat qui s’en suit. Elles recueillent un large consensus. Se pose bien sûr la question du non-respect (temporaire ?) de certaines de ces valeurs par plusieurs pays de l’Est de l’Europe. D’aucuns trouvent difficile de faire vivre les valeurs européennes dans une époque de montée des identités nationales …

Je serai heureuse de lire les commentaires que vous voudrez bien écrire, tout en bas de l’article.

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Enrico Letta : « Faire l’Europe dans un monde de brutes ». Enrico Letta est Président de l’Institut Jacques Delors, enseignant à Sciences Po, ancien premier ministre italien. Son livre est publié cet automne chez Fayard.

La thèse du livre parie sur l’attractivité des valeurs européennes, à condition d’en valoriser la force. Le monde actuel a radicalement changé. D’une part, le centre de gravité du monde s’est déplacé vers l’Asie. D’autre part, nous sommes dans un monde de brutes (Trump, Poutine, Erdogan, par exemple). L’Europe ne peut plus rivaliser aux plans démographique, militaire et économique avec d’autres pays. Enrico Letta pose la question : comment peut-elle garder une influence dans le monde ? Sa réponse : elle n’a d’autre choix que de devenir « une puissance assumée de valeurs », de manière à être « rule maker » i.e. organiser à partir de ses valeurs les règles du monde.

Quelques unes de ses phrases choc :
• « Pourquoi faire l’Europe ? pour que le monde que nous laisserons à nos petits-enfants, même s’il est moins « eurocentrique », soit fondé sur les valeurs européennes »
• « Il s’agit de gagner la bataille de l’influence dans le monde en réveillant le sens des valeurs »
• « Soit la souveraineté sera européenne, soit elle ne sera pas ».

J’ajoute des liens vers un article et des vidéos que vous pouvez visionner,

https://www.ouest-france.fr/reflexion/editorial/l-europe-au-rythme-du-monde-5389074

A vous les commentaires – tout en bas de l’article.

Prochain article : « l’Europe sociale, réalité ou illusion ? »

  1. Le principe de subsidiarité, souvent appelé principe de partage des compétences, ou encore principe de proximité : faisons tout ce que nous pouvons faire mieux au niveau le plus proche du citoyen (ex : communal) ; remontons au niveau régional, puis national, enfin européen seulement lorsque cela peut être mieux fait à ces niveaux. L’UE est le niveau adéquat pour traiter par ex des questions de sécurité, de migrations, d’environnement, ou de monnaie.

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