Pourquoi je me sens européenne

De nombreux arguments rationnels et sérieux plaident en faveur d’une Europe renforcée. Je ne vais pas nécessairement les dérouler ici, je vais plutôt dire pourquoi moi je me sens si intrinsèquement européenne, pourquoi moi je suis aussi profondément séduite par l’idée européenne, par l’esprit européen.

 

Un esprit d’ouverture, de dialogue et de recherche d’équilibre

J’ai été élevée dans un grand esprit d’ouverture au monde, aux autres, au désir de progresser soi-même, condition pas suffisante certes, mais essentielle pour faire progresser le monde. Et dans un esprit de dialogue constant.

J’ai appris des langues et ai voyagé dès l’adolescence, les voyages forment la jeunesse me disait-on. A cet esprit d’ouverture et de dialogue qui m’a été transmis, s’est ajouté la découverte de la multiplicité des cultures, des langues et de leurs richesses…

Et j’ai retrouvé cet esprit d’ouverture, d’équilibre, de multi-culturalité et de dialogue dans les milieux européens, et j’ai été émerveillée que cela existât.

J’ai adoré aussi cette recherche d’équilibre entre plusieurs piliers : démocratique, économique, social, environnemental ; entre « petits » pays (en taille et population) et grands pays ; entre les avancées européennes et le respect des cultures de chaque pays.

Aujourd’hui, je suis malheureuse de constater que l’esprit communautaire des origines a laissé largement la place à un esprit intergouvernemental : les États ont pris le pouvoir, ce sont largement eux qui décident, en fonction de leurs intérêts nationaux. Le retour au national m’inquiète.

 

L’intérêt d’être ensemble

Jacques Delors

Je suis instinctivement attirée par les différences de points de vue entre les gens, et aussi d’un pays à l’autre, je trouve littéralement passionnant que, face à une même situation, il puisse y avoir tant de réactions et de réflexions différentes. Je me dis : nous les pays européens avons tous les mêmes problèmes (vieillissement de nos populations, problèmes de retraite, quoi faire avec nos vieux, variabilité des formes de travail, etc.), il me paraît évident et naturel de regarder comment font les autres pour les résoudre, et de s’en inspirer mutuellement. Il me paraît évident et naturel de prendre ce qu’il y a de meilleur chez les uns et les autres.

Et j’ai été heureuse plus tard lorsque je travaillais comme économiste européenne, de voir comment la Commission européenne collectait « les meilleures pratiques » dans chaque pays et les diffusait, les infusaient aux autres. Rien de directif, simplement des infos utiles. Et déçue de voir que les pays qui recevaient toutes ces infos s’en inspiraient aussi peu, chacun étant persuadé que les « recettes » des autres ne pouvaient pas s’appliquer dans « son » contexte et que lui seul détenait la ou les solutions. Et soulagée aujourd’hui de voir qu’enfin les hommes politiques intelligents regardent comment d’autres pays – qui ont les mêmes problèmes que nous Français – font pour les résoudre, et s’en inspirent.

 

La plus longue période de paix depuis Jésus-Christ

Incroyable, parfois je me pince pour admettre que les pays membres de la CEE, puis de l’UE ne se sont pas fait la guerre depuis 60 ans…

Nous avons eu plusieurs fois l’occasion de nous faire la guerre entre Européens, par exemple lors de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie au début des années 90, lorsque la France a pris une position pro-serbe et l’Allemagne pro-croate. Comme le disait Jean Monnet, il est plus difficile de se faire la guerre quand on se parle tout le temps.

Évidemment, dans le contexte mondial actuel, avec des voisins qui n’ont pas les mêmes valeurs que nous et qui recherchent la puissance plus que nous, la paix est moins que jamais acquise entre pays de l’UE. Elle est à travailler et à sauvegarder, pour éviter au maximum les prises de pouvoir de chefs nationaux/nationalistes.

 

Le rapprochement des peuples, les échanges de jeunes et de cultures

La suppression des frontières internes a incité de plus en plus de gens à voyager dans d’autres pays européens que le leur, pour connaître d’autres façons de vivre, de s’organiser, de travailler, de se distraire, de se nourrir, etc.

Des programmes comme Erasmus et Erasmus + ont rencontré et rencontrent un grand succès.

L’idée européenne a séduit aussi de nombreux enseignants : à travers toute l’Europe, ils favorisent les échanges d’étudiants, en réorganisant – bénévolement parce qu’ils y croient – les programmes dans les universités partenaires afin que les étudiants n’étudient pas deux fois la même chose dans une université française et dans une université espagnole, anglaise, polonaise ou allemande par exemple. J’insiste sur le travail considérable que cela a représenté et continue de représenter. Les professeurs eux-mêmes pratiquent des échanges. Je ne peux pas m’empêcher de reconnaître et d’admirer ce « travailler ensemble » pour que l’idée européenne prenne corps et se concrétise.

Il me semble d’ailleurs que le défi actuel majeur dans le monde entier est d’apprendre à travailler ensemble, car ce n’est pas si facile, chacun en conviendra. En Europe, nous avons de l’entraînement, peut-être une longueur d’avance, là aussi renforçons-la.

 

Ce que me disent les autres, extérieurs à l’Europe

Chaque fois que je me rends sur d’autres continents, par exemple en Amérique Latine et singulièrement en Argentine, et que le sujet de l’Europe vient sur le tapis, j’entends le même message :

– « Vous autres Européens avez créé une Communauté/Union européenne unique dans le monde. Nous savons que de votre point de vue, elle est loin d’être parfaite et que vous voulez l’améliorer sinon la réformer, et même que certains veulent la détruire. Mais sachez que pour nous, elle est un modèle : un ensemble de pays qui s’allient pour travailler et décider ensemble grâce à des institutions, des traités et des valeurs communes, cela n’existe nulle part ailleurs dans le monde. S’il-vous-plaît, on vous en supplie, préservez-la, continuez à la faire exister. En particulier votre modèle social. Car si vous laissez votre modèle social se déliter, le monde est foutu ! »

Ce que je ressens, c’est de l’admiration pour les personnages qui ont créé, inventé et incarné l’esprit européen (Jean Monnet, Jacques Delors, et bien d’autres) ; de l’admiration pour le travail considérable, continu et méthodique qu’a représenté la mise en œuvre progressive de l’idée européenne. C’est un amour de l’esprit européen, viscéral ; c’est comme si je ne pouvais pas faire autrement que de l’aimer. Et donc de vouloir contribuer à ce que l’UE se renforce, devienne chaque fois plus efficace, plus juste, plus proche de ses habitants, plus puissante aussi.

Enfin, qu’est-ce qu’on a d’autre à laisser à nos petits-enfants ?

3 Comments

  1. Merci Laurence pour l’humanité si convaincante avec laquelle tu incarnes le goût d’Europe ! Chacun s’y retrouve et ce partage donne envie d’en savoir plus, et d’agir plus visiblement !
    Renée

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