(1) L’Europe sociale, 4 raisons d’en parler : épisode 1

Je suis plutôt libérale au plan économique. Je crois essentiel de créer un cadre fiscal et réglementaire qui soit stable et favorable aux entreprises – y compris les PME – et qui soutienne l’esprit d’entreprise et la liberté d’entreprendre. Et pourtant, je choisis aujourd’hui de privilégier l’angle social pour parler d’Europe.

Pourquoi ? Pour quatre raisons, que je dirai dans une série de quatre épisodes. Voici l’épisode (1).

(1) Une raison économique

La question des inégalités, une poudrière mondiale

Comme je l’ai indiqué dans mon article intitulé « Les trois crises » publié sur Blog MonEurope le 29/01/18, dès le milieu des années 2000, Klaus Schwab (créateur et dirigeant du Forum économique mondial) avait anticipé ce qui allait se passer : une crise financière, suivie d’une crise économique, puis d’une crise sociale. En 2011, il ajoutait : « Abandonnons les excès du capitalisme pour plus d’engagement social ». Début 2018, à Davos, il a encore dit : « Aujourd’hui en 2018, nous sommes coincés dans la crise sociale et vivons dans un monde plus que jamais fracturé ».

En me promenant à travers le monde, je vois que les inégalités se sont en effet fortement accrues : «1% de la population détient 99% de la richesse mondiale», selon les estimations de l’ONG Oxfam. Bon nombre de gens se sentent laissés sur le bord du chemin, voire abandonnés, moins en Europe que dans le reste du monde, moins en France que dans le reste de l’Europe.

Le risque de ces inégalités est de voir apparaître un peu partout mécontentements et conflits sociaux comme au Portugal, pays où les grèves sont pourtant exceptionnelles, et même surgir de façon répétée protestations collectives et violences de masse à la chinoise ; ces grognes qui peuvent se transformer en explosions sociales sont évidemment préjudiciables au bon fonctionnement économique des Etats, ainsi que des entreprises qui travaillent dans le monde entier.

Patrick Artus[1] va plus loin : dans son dernier livre[2], il précise que dans les entreprises, ce ne sont plus les actionnaires qui prennent les risques, « ce sont les salariés qui portent le risque sous forme d’une très forte flexibilité de l’emploi ». Car le capitalisme anglo-saxon exige pour les investisseurs un rendement de 15% et les entreprises s’y plient. Tandis qu’elles augmentent peu ou pas les salaires. Patrick Artus : « On donne plus aux actionnaires au détriment des salariés » (sauf en France et en Italie !). Or, ce sont les classes moyennes qui diffusent les innovations technologiques à condition qu’elles ne soient pas étranglées au niveau de leur pouvoir d’achat, i.e. que leurs salaires soient augmentés à proportion des gains de productivité. Il ajoute : « Je suis extrêmement favorable à la présence de salariés dans les conseils d’administration ».

[1] Chef économiste chez Natixis, considéré comme un économiste libéral.

[2] « Et si les salariés se révoltaient ? », publié chez Fayard. Cet essai co-écrit avec Marie Paule Virard porte sur « les dérives du capitalisme financier qui fait supporter tous les risques aux travailleurs ».

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