« Pour quoi nous avons besoin d’Europe »

Daniel Cohen Bendit

 

Je n’ai pas réussi à écrire un article court sur les thèmes soulevés dans cette conférence. J’adorerais pourtant que vous le lisiez !! Et que vous me disiez ce que vous en pensez …

La conférence était organisée par l’IHEDN[1]à l’Ecole militaire, Paris, animée par Daniel Cohen Bendit (DCB).

Arrivés trois quart d’heure en avance, nous avons commencé par faire une heure de queue dehors dans le froid. Nous nous disions : « Il faut vraiment y croire pour rester ! »

Pendant qu’un militaire présente la conférence, Cohen Bendit est confortablement installé dans un fauteuil. Puis il parle debout de sa voix forte et éraillée, sans aucune note. Se rassied pour répondre aux questions.

Le but reste toujours et encore la paix

Tirant les leçons de l’histoire, l’Europe repose sur deux principes de base :

  1. aucun Etat européen ne doit être hégémonique,
  2. chaque Etat a la même valeur quelques soient sa taille et sa population.

 Les trois grands problèmes du monde 1) la dégradation du climat 2) la régulation de la mondialisation 3) l’insécurité dans le monde, posent la question de la souveraineté européenne.

Une idée centrale : Une nécessaire souveraineté européenne

Qui ne remplace pas les souverainetés nationales, qui ne signifie pas leur « abandon », mais un transfert. C’est très différent.

– La question de la souveraineté est au cœur de toutes les préoccupations européennes, nous dit DCB. Car plus les Etats coopèrent, plus ils se rapprochent de la question de souveraineté. Il voit la souveraineté européenne s’exercer sur 3 plans :

 1 – Une souveraineté européenne de défense

Aujourd’hui, nous avons dans les pays européens 2 millions de citoyens européens en uniforme. Autant de soldats pour en faire quoi[2] ?

Avec une seule armée en Europe, qui fera la guerre ?

Oui, mais est-ce possible ? Comment faire ? Réponse : avec un basculement progressif des budgets militaires nationaux vers le budget européen. Cela peut prendre une vingtaine d’années, indique DCB. D’ici là, les mentalités auront évolué.

 2 – Une souveraineté européenne écologique

C’est la plus évidente. L’environnement concerne tous les pays du monde. Quel pays peut prétendre faire entendre sa voix à lui tout seul ?

 3 – Une souveraineté régulatrice de la mondialisation

Nous le savons tous : compte tenu des évolutions de population dans le monde, dans 30 ans aucun Etat européen ne sera plus ni au G8 ni au Conseil de sécurité de l’ONU. Si on veut participer à la régulation du monde, ce sera seulement via l’Europe.

Les pays nationalement ne peuvent pas arriver à peser sur ces trois points.

La souveraineté européenne est un + pour la souveraineté nationale. 

L’Europe a besoin d’une Constitution européenne

Une histoire racontée par DCB m’a particulièrement frappée, concernant le projet de  Constitution européenne des années 2000.

En 2005, Valéry Giscard d’Estaing avait présenté un texte de 45 pages, simple et lisible, tout le monde aurait été d’accord. Mais les Anglais ont dit : « Incluons tous les Traités dans la Constitution » et ils ont rallié la majorité des Etats. Résultat : un texte illisible de plus de 400 pages a été proposé au vote.

« Il faudra reprendre la Constitution européenne » affirme DCB.

 Un constat : aujourd’hui l’Europe est divisée

D’abord au niveau du couple franco-allemand, par exemple sur les réformes de la zone euro. DCB a rappelé que l’Allemagne avait fait un énorme sacrifice en renonçant à sa monnaie le DM – expression de sa nouvelle identité d’après-guerre – au profit de l’euro. Pour nous les Français, cela avait été facile car le FF ne valait pas grand-chose.

[3] La France rêve d’une capacité financière commune pour l’eurozone et d’un euro transformé en monnaie internationale dotée d’un budget. L’Allemagne freine, ne propose qu’une ligne supplémentaire dans le budget européen. Or l’expérience montre que rien n’avance en Europe sans l’impulsion du couple franco-allemand (allemand-français vu d’Allemagne).

Merkel est sur la même longueur d’onde que Macron sur la nécessité d’une défense européenne[4], l’accord des deux est le point de départ d’évolutions possibles.

D’autres petits pays ne souhaitent pas davantage de solidarité européenne, en particulier ils ne voient pas l’intérêt d’un budget spécifique à la zone euro.

A cela s’ajoute la formation de pays « populistes » à l’intérieur même de l’Europe, dont les valeurs viennent en contradiction avec celles de l’Europe.

La question des réfugiés et des migrants

L’accueil des réfugiés est ce qu’il y a de plus difficile pour toutes les sociétés. Les pays européens ne veulent pas d’une répartition des réfugiés.

DCB propose de créer une Agence européenne des réfugiés, dotée d’un budget auropéen.

Plusieurs questions ont suivi la conférence.

« Comment développer le sentiment d’appartenance à l’Europe, chez les jeunes et les moins jeunes »

Réponses : par une convergence sociale et fiscale afin que les modes de vie puissent converger.

Et par un budget. Le budget européen représente 1% du PIB européen[5]. Le budget fédéral américain 27% du PIB américain. Pour qu’il y ait responsabilité européenne, il faut un budget européen.

« L’Europe est technocratique, surtout Bruxelles »

C’est qui Bruxelles ? demande DCB. Réponse c’est tout le monde : les représentants des gouvernements, le Parlement européen, la Commission européenne, etc.

L’Europe est technocratique, pas moins mais pas plus que d’autres organisations, villes etc.

La Commission européenne c’est 50 000 fonctionnaires. L’équivalent de villes comme Paris, pour 27/28 pays.

Mes impressions personnelles

DCB suscite l’intérêt, on a envie de l’écouter et même de l’entendre.

Il pose de bonnes questions.

En une heure et quelques, il n’a pas pu aborder ou développer tous les sujets.

Je me suis permise d’ajouter quelques précisions.

Son exposé était humain, vivant, incarné.

L’Europe est une histoire qui avance et recule.

 

[1]Institut des Hautes Eudes de Défense nationale

[2]De l’ordre de 450 000 aux Etats-Unis ou en Russie

[3]Ce qui est en italique est tiré d’un article du Monde

[4]Dans le cadre de l’Otan

[5]i.e. des PIB cumulés des Etats-membres

2 Comments

  1. Merci Laurence pour cet article bien intéressant.
    Une nécessaire souveraineté européenne.
    Une souveraineté européenne de défense. La question que je me pose : quel soldat ira se battre pour l’Europe? pour le moment, les mentalités n’en sont pas là.Peut-être dans 20 ans alors mais c’est dans bien longtemps!
    Une souveraineté écologique
    Elle concerne tous les pays du monde et c’est aussi un sujet qui rassemble les jeunesses de chaque pays européen. C’est un sujet potentiellement fédérateur.
    Réforme de la zone Euro. Rien n’avance sans le couple franco-allemand et l’Allemagne n’est pas prête pour le moment à avancer vers un budget européen, ne souhaitant pas y contribuer avant l’instauration d’une stricte discipline commune au plan budgétaire ce qui paraît pour le moment une gageure (cf Italie…)
    Accueil des réfugiés: comment créer une agence européenne des réfugiés avec un budget européen alors que les pays d’Europe de l’Est ne veulent pas de réfugiés?
    Alors comment développer le sentiment d’appartenance à l’Europe chez les jeunes et les moins jeunes?
    l’écologie sûrement avec le changement climatique dont l’Europe commence à ressentir les effets (été très chaud en 2018)
    L’éducation avec Erasmus qui contribue à ce sentiment de jeunesse européenne.
    La défense puisque les allemands et les français sont d’accord sur le principe mais il faudra alors que cela soit dans moins de 20 ans

    • Comment créer un sentiment d’appartenance à l’Europe, demandez-vous.
      C’est la vraie question.
      Une réponse immédiate est d’aller voter aux élections des députés européens le 23 mai 2019.
      Pour celles et ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales, elles ou ils peuvent le faire jusqu’au 31 mars 2019.
      Il est donc encore temps!Tous les renseignements se trouvent sur Internet
      Au-delà, c’est un beau thème pour un prochain article en janvier…

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