Je suis déçue, je suis préoccupée

Je suis déçue, préoccupée par le manque de préparation et la grande indifférence qui entourent les élections européennes du 26 mai. D’après les sondages, en 2019 seulement 40% des Français s’apprêteraient à voter. Un peu moins qu’aux élections de 2014. Et 8 jeunes français sur 10 s’abstiendraient de voter le 26 mai.

Je suis déçue, préoccupée par le tour de plus en plus national que prend l’Union européenne dans chacun de nos Etats-membres : chaque dirigeant, appuyé par une partie de sa population, donne la priorité aux intérêts de son propre pays au détriment de la construction d’un bien commun européen.

Je reviens sur la relation franco allemande dont j’ai déjà parlé dans mon précédent article. Elle est parcourue et agitée par plusieurs désaccords, plus que cela, par des visions divergentes de l’avenir de l’Europe :

  1. Le renforcement de la zone euro voulue par E Macron, peu soutenue par A Merkel
  • Des visions différentes d’une défense européenne, nécessaire aux yeux de tous compte tenu du retrait américain et des ambitions russes
  • Les listes transnationales proposées par la France, qui auraient peut-être permis que les élections du Parlement ne soient plus considérées comme une affaire nationale, mais que ces élections soient véritablement européennes.
  • La taxation des GAFA, la France a dû faire cavalier seul, en espérant que les autres suivraient bientôt
  • Le projet de « renaissance européenne », présenté par E. Macron, sur les thèmes  de liberté, de protection, de progrès, peu reconnu, peu commenté sinon négativement dans les autres pays européens, en France aussi d’ailleurs

et tout récemment, 

  • Le plan de départ du Royaume Uni 

La France voulait accorder un délai court aux britanniques pour que les brexiters durs n’aient pas l’occasion de mettre en oeuvre leurs menaces de déstabilisation des élections européennes et de l’UE elle-même, et surtout pour qu’on en finisse une bonne fois pour toutes avec le Brexit 

tandis que 

L’Allemagne souhaitait un délai plus long, probablement dans le secret espoir que le Brexit n’aurait finalement pas lieu, le Royaume-Uni étant considéré par l’Allemagne comme un allié précieux

  • Les positions vis-à-vis de la route de la soie proposée aux européens par la Chine ; Xi Yin Ping est très fort pour diviser les pays européens, il a trouvé les portes d’entrée vers l’Europe (d’abord le port du Pirée en Grèce puis les ports italiens Trieste et Gênes, d’autres suivront) 
  • L’ouverture de négociations commerciales entre l’UE et les Etats-Unisà laquelle l’Allemagne est favorable, la France très réservée sur plusieurs points, en particulier la remise en cause des accords Climat par Trump, mais pas seulement
  • Et si l’Allemagne propose la fin du siège du Parlement européenà Strasbourg, ce sera un nouveau point de discorde ; ici, je me permets de donner mon opinion : certes le siège de Strasbourg a été symbolique de la réconciliation franco-allemande mais cela fait belle lurette que, pour des raisons économiques et pratiques, la France aurait dû l’abandonner au profit d’un seul siège à Bruxelles et se positionner pour accueillir à Strasbourg une des agences européennes comme celle du médicament par exemple ou d’autres.

L’intéressant dans cette affaire est que la plupart des autres pays européens ont plutôt soutenu et soutiennent encore les positions allemandes – moins allantes et beaucoup plus libérales, au sens économique du terme, que les françaises – et que la France se retrouve bien seule avec ses propositions de réforme pourtant pleines de bon sens, avec lesquelles nous, en tant qu’Européens ne pouvons pas ne pas être d’accord (ouf, désolée pour la double négation !)

QUATRE REMARQUES

  1. Il existe donc des désaccords entre pays européens sur l’avenir de l’UE. N’est-ce pas la preuve que l’Europe est vivante et active, qu’elle suscite des débats ? N’est-ce pas mieux que si elle était molle et avachie, que si elle était près de sa fin comme le prédisent les oiseaux de mauvaise augure ? Il a toujours fallu se mettre d’accord entre pays européens pour faire avancer les choses, ce n’est pas nouveau…
  • On constate un déclin réel de la social-démocratie au sein des pays européens – et même  dans le monde entier -. Les Français croient que l’Europe ne fait rien en matière sociale, c’est faux, j’ai écrit plusieurs articles à ce sujet. Le problème est plutôt l’ouverture de notre Europe à tous les vents de la mondialisation. Et ce n’est pas si facile de se mettre d’accord entre nous pour réagir d’une seule voix aux rachats chinois de nos fleurons industriels et agricoles, de nos ports et aéroports, etc.
  • J’observe que dans l’ensemble des pays européens, la France est souvent plus protectriceface à la mondialisation et plus consciente de la nécessité absolue d’une Europe sociale exigeante. Elle peut donc entraîner les autres dans cette direction.
  • Enfin, je souffre de la tendance bien française de trop souvent voir le verre à moitié vide, d’avoir a priori une posture critique négativede croire que s’il n’y avait plus de riches tous les problèmes seraient réglés, et de formuler des revendications contradictoiressans toujours en avoir conscience. 

Je pense à une conversation que j’ai eue hier soir dans le train avec une cheffe de train. Nous parlions de l’UE et des élections européennes. 

« J’observe, disait-elle, que le modèle social français est mis à mal par l’Europe et par la mondialisation. Je comprends bien qu’il nous faut une union européenne, mais alors moins libérale (au sens économique du terme) que celle-ci. »

Or justement les positions françaises sur l’Europe me paraissent moins libérales que celles d’autres membres de l’UE. Pourquoi ne pas les soutenir ? Même si on est contre M. Macron. 

Les élections européennes ne sont pas un référendum pour ou contre Macron !

Elles permettent simplement à chacun de dire quel type d’Europe il-elle veut.

Il serait bien dommage de ne pas saisir cette occasion d’influencer l’avenir de l’UE ! 

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2 Comments

  1. Comment espérer dans l’Europe quand on prend au sérieux son incapacité structurelle à développer une communauté fiscale et sociale? En effet, l’euro interdit les dévaluations compétitivres entre pays de cette zone. Il ne reste donc, alors que le libéralisme (c’est-à-dire la concurrence « libre et non faussée »!) est la référence commune, pour se concurrencer que le dumping fiscal et social auquel l’Irlande, le Luxembourg ou les Pays-Bas, entre autres, sont les bénéficiaires dépendants. Il n’y a donc aucun espoir de voir une convergence fiscale et sociale s’installer, sinon à pas mlillimétrés. Ceci me semble tout à fait intuitivement ressenti, et ça explique peut-être le désintérêt des citoyens pour ces élections dites « européennes ».

    • Merci François de ton commentaire.
      En effet, la concurrence fiscale et sociale qui s’est instaurée entre les pays européens, constatée et ressentie par les citoyens est un élément crucial de leur désintérêt pour ces élections dites « européennes ». Il n’est d’ailleurs pas le seul.
      Ici je voudrais distinguer la fiscalité du social.

      Le dumping fiscal intra-européen est-il de la responsabilité de « l’Europe » ou bien celle des Etats qui la composent ? Les Etats européens considèrent la fiscalité comme un domaine régalien relevant de leur souveraineté nationale. C’est pourquoi ils ont voulu laisser la quasi entièreté du champ fiscal à l’unanimité, inscrite dans le traité européen. Ce faisant, ils empêchent la constitution d’une communauté fiscale.

      Certains domaines sociaux sont ouverts à la majorité qualifiée. En particulier le travail détaché.
      Les conditions dans lesquelles a lieu le travail détaché d’un pays européen à un autre ont été récemment améliorées, sous l’impulsion de la France. Mais les charges sociales restent celles du pays d’origine à la demande expresse des pays d’Europe centrale, le secteur du transport routier n’est pas concerné, il fait l’objet de nouvelles négociations.

      Enfin, chacun sait que le contexte géostratégique et géoéconomique mondial se modifie profondément : les Etats-Unis ne sont plus un allié, la Chine devenue conquérante représente un véritable danger pour l’Europe, nos stratégies nationales sont remises en cause. Ceci peut-il nous ouvrir les yeux et nous inciter à justement constituer une communauté fiscale et sociale européenne, avec ceux qui le veulent sinon avec tous ?

      Car, quelles sont les perspectives de replis nationalistes ? Il n’y en a pas.

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