Le Brexit, quel gâchis !

Même si j’entends beaucoup de Français dire autour de moi :

    —   Enfin les Anglais quittent l’Europe, ils ont tout bloqué depuis tant d’années, bon débarras !

  Même si je les entends et sais qu’ils ont un peu raison, je suis triste, très triste que l’Europe soit amputée d’un de ses membres, certes indocile, certes insulaire et non continental, certes doté d’une culture économique libérale différente de la nôtre, mais un pays important, original, ouvert sur le monde, avec une tradition parlementaire de sept cent ans et une diplomatie expérimentée.

  En bref, les arguments des Français qui disent Enfin ! 

  Les Anglais nous ont empêché de lancer une Europe politique

  À une Europe de la défense à plusieurs États-membres, ils ont préféré des accords bilatéraux.

  Ils ont fini par avoir la peau d’une Europe sociale consistante – pourtant indissociable de la réussite d’une Europe économique. L’Europe sociale avait démarré en 1987 avec un ensemble de lois votées au niveau européen ensuite transposées dans le droit de chaque pays. L’Angleterre nous a imposé d’inscrire la dimension sociale dans un protocole en annexe du Traité de Maastricht en 1992.  La dimension sociale européenne continue avec de grands programmes et de belles propositions, certes intéressants, mais dilués, plus de véritable progrès social depuis plusieurs années en Europe. 

  Sur les questions d’immigration, ils ont commencé par ouvrir grandes leurs portes aux pays d’Europe centrale tout juste intégrés en 2004, en particulier aux Polonais, pour se plaindre ensuite d’en avoir accueilli un trop grand nombre. Plus tard, ils ferment leurs frontières aux migrants afghans, moyen-orientaux ou est-africains qui cherchent à entrer au Royaume-Uni depuis les côtes françaises, en nous laissant le mauvais rôle, celui de les garder sur notre territoire et de les empêcher de gagner l’Angleterre.

  Les Anglais ont freiné des avancées possibles de l’Europe dans bien des domaines. Ces arguments et bien d’autres sont vrais, ou l’ont été. Dans tous les cas ils relèvent du passé, ils me semblent passéistes.

  Aujourd’hui si on se tourne vers l’avenir, on constate que le contexte a bien changé

  Aujourd’hui dominent les menaces planétaires du réchauffement climatique, du terrorisme, de l’expansion de populismes au détriment de l’un des constituants fondamentaux de l’Union européenne qu’est la démocratie ; les menaces de pandémies mondiales, de l’appauvrissement de pans de la population européenne[1], etc. 

  Dans tous ces domaines, comment ne pas voir que les Européens sont plus forts à plusieurs que chaque pays tout seul dans son coin ?

  Ma grande peur, et je ne suis pas la seule à l’éprouver

c’est que, après les fake news inimaginables qui ont émaillé sa campagne pour le Brexit, Boris Johnson entame des négociations et accepte un accord avec l’UE (qui j’espère restera rassemblée), puis qu’il s’en affranchisse et instaure à nos portes un paradis fiscal et une zone de moins-disant social[2]. J’espère me tromper … car je fais confiance à l’Union européenne de faire respecter un accord, d’autant qu’elle en a les moyens. 

Quel gâchis, tout de même !


[1] Je ne crois pas que s’il y avait moins de riches, il y aurait automatiquement moins de pauvres.

[2] À côté de quelques mesures sociales dans son pays, inévitables en matière de santé ou de transports

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