Les migrations, une question sensible qui agite l’Europe depuis plusieurs années

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Migrants secourus en Mer Méditerranée

À ce stade, les pays européens n’arrivent pas à s’entendre sur une approche coordonnée de la gestion des réfugiés qui arrivent en Europe ; la Commission européenne a proposé en 2015 un plan de répartition des réfugiés sur le territoire européen ; dans leur majorité les États-Membres (EM) n’en veulent pas vraiment, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque refusent catégoriquement d’y prendre part ; le Parlement hongrois a été jusqu’à voter à une large majorité la détention systématique de tous les demandeurs d’asile entrés en Hongrie…; l’Italie (et la Grèce) n’en peut plus de sauver et d’accueillir les migrants (essentiellement économiques) dans ses ports, elle demande à d’autres ports européens de les accueillir, refus français et espagnol.

« Les choses ne peuvent rester en l’état », répète Antonio Tajani, Président du Parlement européen, qui propose trois pistes d’action : « la guerre à mener contre les passeurs, l’harmonisation du droit d’asile entre les EM, plus de solidarité interne entre pays européens ». « Tous les EM doivent partager les responsabilités en ce qui concerne l’accueil des demandeurs d’asile en Europe », martèle la Commission européenne qui insiste aussi sur la réforme du droit d’asile en Europe et se dit prête à faire sa part : augmenter ses financements pour l’Afrique, soutenir les garde-côtes libyens, accélérer la répartition des migrants l’Italie vers d’autres EM. Les EM vont-ils s’y mettre, eux aussi ?

Car ils n’ont donné à ces deux institutions européennes aucun pouvoir de décider en cette matière ultra sensible de la circulation et de la sécurité des personnes, elles ne peuvent que dire, proposer, coordonner dans le meilleur des cas. Aux EM la responsabilité entière d’agir, les solutions sont dans leurs mains.

Tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a urgence, les migrants arrivent de plus en plus nombreux, dont une grande majorité sont des migrants économiques, qui ne relèvent pas de l’asile politique. La route de la Méditerranée est dangereuse, voire mortelle ; les passeurs –

Migrants arrivant en Europe (1)

véritables  trafiquants d’êtres humains – s’enrichissent ; les violences et mauvais traitements à l’égard des migrants se généralisent ; les ONG ont une priorité, sauver des vies humaines ; les populismes se nourrissent, le climat politique devient hostile aux migrants ; la Commission européenne et le Parlement européen s’agitent, proposent, disent et redisent tous les dangers ; les EM sont finalement les seuls à détenir le pouvoir d’endiguer  le flux des migrants en proposant et mettant en oeuvre des plans d’action efficaces et globaux.

Migrants arrivant en Europe (2)

Dans la réalité, on assiste à un manque de volonté politique, à l’absence de plans d’action cohérents. Les oppositions entre États-membres sont féroces, l’indifférence, le laxisme et les peurs prégnants. Que ferons-nous lorsque, aux réfugiés actuels, s’ajouteront les réfugiés climatiques provenant de la montée des eaux au Bangladesh par exemple ?

Rappelons que la masse (80%) des réfugiés sont accueillis dans trois pays Jordanie, Liban et Turquie, et en transit en Libye. Ces pays sont bien plus pauvres que les nôtres.

On commence enfin à se dire qu’il faudrait traiter le problème en amont, en se préoccupant des pays d’origine des migrants. À court terme, on songe à développer des accords avec eux. Le premier du genre, conclu entre l’Union européenne et la Turquie,  l’a été à l’initiative de l’Allemagne : moyennant finance européenne, le Turquie garde chez elle les 2,2 millions de réfugiés syriens présents sur son territoire. D’autres accords de ce type sont prévus avec des pays africains, mais là, on s’aventure sur le terrain des migrants économiques : comment  distinguer réfugiés politiques et réfugiés économiques ? comment les traiter différemment ? comment les traiter de manière équitable ?

La véritable solution, bien que longue à produire des effets, est de se préoccuper du développement économique des pays d’origine des flux, d’y restaurer les rôles des Etats mis à mal par les plans de réduction de leurs dépenses publiques imposés par les Institutions internationales dans les années 80 et 90, et leurs retombées qui se font sentir encore aujourd’hui en termes de santé, d’éducation, d’investissements publics. D’y augmenter l’Aide publique au développement (APD)(1), tant nationale qu’européenne en y co-finançant des investissements productifs conséquents. Le but étant que les gens aient envie de rester chez eux parce qu’ils peuvent travailler et vivre dans des conditions décentes, plutôt que de venir chez nous.

Une jeune entrepreneuse au Mali
Infrastructure d'irrigation EU sponsored en Afrique de l'Ouest
Infrastructure d’irrigation en Afrique de l’Ouest. Source : Toute l’Europe

Deux remarques : 1)  les gens ne quittent pas leur pays par plaisir 2) l’Europe est follement attractive : elle est vue depuis l’étranger comme un eldorado, en raison de son niveau de développement économique et social élevé au regard de la grande majorité du reste du monde, et des libertés publiques démocratiques qui y règnent.

Au boulot, Mesdames et Messieurs les responsables politiques de nos pays européens. pour sortir du bourbier des migrations qui frappent l’Europe …

(1) L’APD a mauvaise presse en France : elle s’accompagnerait de détournements de fonds importants. Je tiens à dire ici que les détournements de fonds sont minimes au regard des projets de développement mis en oeuvre et réussis dans les pays africains. De plus, la France ne respecte pas ses engagements internationaux de porter son APD – aujourd’hui inférieure à 0,4%  de son PIB – à 0,7%/PIB, engagement que respectent pourtant depuis de nombreuses années d’autres pays européens, tels que la Grande-Bretagne, l’Allemagne, ou encore les pays nordiques.

2 Comments

  1. Merci d’aborder ce sujet essentiel. Oui, il s’agit là d’un chantier majeur auquel l’Europe doit urgemment tenter de fournir une réponse collective et cohérente, et ce, d’une manière plus digne et volontariste qu’elle ne le fait actuellement. Sans minimiser les difficultés que cela implique, n’oublions jamais que la perception que l’on a des migrants et le regard que l’on porte sur eux, qu’ils fuient leur pays pour des raisons politiques ou économiques, change lorsque l’on est amené à les côtoyer « en direct ». Lorsque la statistique devient être humain.

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