Quelle aventure, ce Brexit !

Le Brexit a été voté il y a un an. Depuis, les négociations vont et viennent, en fonction de logiques contradictoires de part et d’autre.

Les annonces se succèdent : côté britannique on annonce précisément l’exit day le 29 novembre 2019 à 23 heures ! ; côté européen, les agences européennes dont le siège était au Royaume-Uni (R-Uni) sont attribuées à d’autres pays européens, l’Autorité bancaire européenne à Paris, l’Agence d’évaluation des médicaments à Amsterdam. Les rumeurs aussi : après le Brexit, l’Université d’Oxford s’installerait à Paris !?

Logiquement, les citoyens européens des 27 Etats-Membres (EM) restants dans leur grande majorité veulent « que les négociations se concentrent sur la protection des 27 EM restants ».

Tout aussi logiquement, les britanniques veulent que leur soient garantis les privilèges dont ils ont bénéficié jusqu’à maintenant.

Côté européen, les choses sont assez claires : deux phases de négociation sont prévues. Quelles sont ces étapes ?

1/ Les modalités du divorce, c’est une phase préalable obligatoire avant de pouvoir aborder la deuxième ; elle revient à régler les 3 problèmes clé :

  • La facture du Brexit = paiement par le R-Uni (Royaume-Uni) de ses engagements pris en tant que membre de l’UE avant sa sortie (l’UE demande 60 à 100 milliards d’euros, le R-Uni en propose à ce stade 20 ou 40). Bruxelles veut s’assurer que « les britanniques s’acquittent de leur juste part et que la facture du Brexit ne se répercute pas sur les autres EM ». Vienne a d’ores et déjà annoncé que l’Autriche n’augmenterait pas sa contribution au budget européen après le Brexit.
  • La question de la frontière entre l’Irlande du Nord (qui fait partie du R-Uni) et la République d’Irlande, certainement la plus délicate à régler. Je me souviens d’un déjeuner avec un médecin allemand résidant en Irlande près de la frontière – aujourd’hui invisible – entre les deux Irlande ; il travaille dans trois centres de soins palliatifs distants de quelques kilomètres et « traverse la frontière plusieurs fois par jour ». Que deviendrait sa vie professionnelle si une frontière physique était rétablie ? Sans compter avec une possible résurgence de conflits aujourd’hui pacifiés depuis l’accord de paix en 1998, accord qui a clos 30 années de guerre civile. Une solution : profiter du Brexit pour réunifier l’Irlande ??
  • Le sort des expatriés européens (3,2 millions de citoyens européens établis au R-Uni, 1,2 million de citoyens britanniques résidant en Europe), question également cruciale.

2/ La relation future entre le R-Uni et l’UE, après la sortie du R-Uni.

Une période de transition s’ouvrirait, qui pourrait durer jusque fin 2020 – durant laquelle s’appliquerait encore l’ensemble des règles européennes – ceci pour que les entreprises britanniques aient le temps de s’adapter.

Bruxelles, par la voix du négociateur européen Michel Barnier, a fait de l’aboutissement des négociations sur les sujets clé de la 1ère étape une condition nécessaire à l’ouverture des deux étapes suivantes. Or les rounds de négociations se succèdent et se ressemblent, « les progrès du R-Uni ne sont pas suffisants » sur les trois sujets-clé, on en est toujours à la première étape des négociations. L’ouverture de la 2ème phase de négociation est sans cesse annoncée puis reportée, « faute de progrès suffisants » côté britannique sur les trois questions-clé.

Malgré les demandes insistantes du R-Uni, l’UE refuse d’aborder la phase 2 (la relation future entre R-Uni et UE) avant d’avoir bouclé la première étape.

Un certain flou/un flou certain du côté britannique

Mme May a d’abord prôné un hard Brexit, avant de se raviser et de s’orienter vers un soft Brexit. Elle est prise dans les contradictions des partisans du Brexit, qui donnent l’impression de vouloir le beurre, l’argent du beurre et la crémière : sortir de l’UE et garder l’accès au marché unique, les subventions européennes à leurs agriculteurs, ne plus reconnaître la Cour de justice européenne, réduire l’immigration européenne, etc. ; et surtout qui questionnent les trois requis préalables à toute négociation sur ses relations futures avec l’UE.

C’est comme si, au fur et à mesure des rencontres UE/R-Uni, le R-Uni prenait lentement conscience qu’il a beaucoup à perdre avec le Brexit : pertes économiques avec une sortie du marché unique ; disparition des fonds européens que reçoivent les agriculteurs, chercheurs, universités, régions britanniques ; moindre attractivité du R-Uni s’il n’est plus dans l’UE. Lors de son voyage d’adieux en Europe fin 2016, Obama avait d’ailleurs indiqué à Mme May que le R-Uni intéressait les USA s’il faisait partie de l’UE, sinon moins.1

Apparaissent déjà quelques premiers signes de difficultés : dépréciation de la livre sterling (même si elle avantage leurs exportations) qui augmente l’inflation, accroit le prix des produits importés et réduit le pouvoir d’achat des consommateurs locaux ; et dont les voisins subissent par ailleurs également le contrecoup…

S’achemine-t-on vers une sortie de l’UE sans accord ?

Sur le thème « mieux vaut pas d’accord qu’un mauvais accord » ?

L’UE commence à envisager cette possibilité tout en ne la désirant pas. Michel Barnier, négociateur en chef de l’UE sur le Brexit : « ce n’est pas mon option, qui serait un retour en arrière de 44 ans, mais c’est une possibilité ».

Serait-ce favorable au R-Uni ? Cela se discute car dans ce cas, les règles de l’OMC s’appliqueraient au Royaume-Uni qui serait alors considéré et traité comme n’importe quel pays du monde, ni plus ni moins, et qu’il pourrait perdre en termes de pouvoir d’achat, d’échanges extérieurs par exemple ; et la place financière de Londres pourrait être fragilisée.

D’autres possibilités existent. Par exemple, un accord à la Suisse (accord commercial + accords sectoriels). Ou encore un accord de libre échange plus complet : le R-Uni bénéficierait du marché unique européen pour les produits, pas pour les services (qui représentent 80% du PIB britannique, dont les services financiers ou les voyages en avion) ni pour les personnes.

Quelle aventure, ce Brexit !

  1. https://www.thesun.co.uk/news/1723854/barack-obama-and-theresa-may-say-special-relationship-of-usa-and-uk-will-continue-despite-turbulence/

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