L’Europe est plus solide qu’on ne pense

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Voici un article d’Edouard Berlet.

Edouard BERLET est un ancien haut fonctionnaire. Il a passé plusieurs années à la Représentation permanente à Bruxelles au début de sa carrière. Puis les affaires communautaires ont toujours fait partie de son champ d’activité dans le secteur public puis dans le monde de l’entreprise, nourrissant une passion pour l’Europe qui ne l’a pas quitté.

Il est de bon ton de proclamer le déclin de l’Union européenne et sa prochaine dislocation. Ce courant d’opinion repose sur l’incomplète refonte de la gouvernance de l’Union après l’élargissement massif aux pays d’Europe de l’Est, la montée en puissance des partis d’extrême droite à partir de revendications identitaires liées aux questions migratoires. Enfin depuis très longtemps les dirigeants des Etats-membres ont contribué à déstabiliser l’édifice en faisant des institutions communautaires le bouc émissaire de  maux qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer.

L’Union européenne est en réalité plus solide qu’on ne  pense, comme l’illustrent  les exemples suivants :

  • Les opinions publiques européennes expriment un très fort attachement à l’euro comme facteur de protection de l’épargne et élément facilitateur des échanges et déplacements. Cette approbation  d’un outil très intégrateur, peu mis en évidence,  est un contre-point fort à  l’euroscepticisme ambiant.
  • Les Etats membres ont, jusqu’à présent, formé un bloc très uni durant les longues négociations sur le Brexit et ont résisté sans coup férir aux tentatives britanniques de fissurer cette belle entente. Ils ont fait l’Union sacrée autour des positions des 27 et de Michel Barnier, le négociateur en chef, et ont vite perçu le risque de contagion présenté par cette demande de sortie. Cette unanimité illustre bien l’attachement fort à l’Union européenne au-delà des discours de façade. Les négociations ont mis au grand jour l’extraordinaire imbrication des économies et des mécanismes de décision et les conséquences très lourdes d’une décision d’un retrait. L’échec  britannique devrait servir de repoussoir à des velléités du même ordre en provenance d’autres Etats membres. 
  • Dans le même ordre d’idées, la Commission européenne a repoussé – en accord avec les Etats membres – les tentatives des séparatistes catalans de faire reconnaitre leur mouvement, préalable à des démarches d’adhésion ultérieures qui auraient fait des petits auprès des  régionalistes basques, corses, écossais etc
  • Les récentes tentatives italiennes de s’affranchir du respect des règles budgétaires de Bruxelles n’ont reçu quasiment aucun soutien extérieur et, malgré ses rodomontades, le gouvernement italien a dû dans une large mesure passer sous les fourches caudines de la Commission … et des marchés.
  • Les tentatives de Donal Trump de disloquer les accords commerciaux Etats-Unis-UE en faisant miroiter des accords bilatéraux sont également restées sans suite, les européens étant convaincus dans leur grande majorité que le  multilatéralisme est  source essentielle de prospérité.
  • Enfin, le traité de Maastricht a étendu les compétences communautaires à de très nombreux secteurs d’activité qui se trouvent sous la houlette plus ou moins souple de Bruxelles. Il en résulte des échanges réguliers et intenses entre experts d’entreprises, administrations, organisations professionnelles, associations, en vue d’échanges de bonnes pratiques, participation à des programmes communautaires, tâches de normalisation etc.. Ces milliers de responsables qui se rencontrent à Bruxelles forment une armée de l’ombre, dont on ne parle quasiment pas, qui tisse  l’Europe au quotidien au sein d’une toile humaine très dense. Cette cohorte d’experts font une pédagogie de l’Europe, partagent leurs expériences et souvent leur passion dans leurs milieux professionnels et familiaux. Ces missionnaires du Thalys qui renforcent l’esprit communautaire méritent d’être salués pour cette tâche obscure mais précieuse.

L’Union peut persévérer dans son être et résister à de nombreuses agressions extérieures pendant longtemps en raison de sa vitesse acquise, de son poids économique et de l’attachement que lui vouent majoritairement sa population et ses dirigeants. Mais elle est, selon moi, confrontée aux grands défis suivants : Création d’une politique de défense dans un contexte de retour de l’isolationnisme américain, d’ambitions militaires chinoises inédites et de pressions territoriales russes toujours présentes ; enjeux migratoires qui vont devenir de plus en plus aigus  sous l’effet de la croissance démographique en Afrique dans un contexte de pauvreté persistante ; enjeux environnementaux et climatiques.

Si le risque de dislocation à la mode soviétique est faible, celui du déclin est plausible si l’Union  ne parvient pas à construire des consensus forts, qui lui font défaut, sur  ces défis majeurs. 

Edouard BERLET        25 janvier 2019

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